Riot Games sanctionne 296 416 comptes pour triche

Acheter un rang sur League of Legends ou sur Valorant n’a jamais été très discret, mais c’était jusqu’ici plutôt mal puni. Riot Games vient de publier le bilan de son système Anti-Boost, et le chiffre parle de lui-même : 296 416 comptes sanctionnés depuis son lancement. Le studio en profite pour trancher un débat qui traîne depuis des années dans les deux communautés, en rangeant clairement le smurf dans la même case que le boost payant. Et pour la suite, Riot Games regarde du côté du matériel des joueurs.

L’essentiel

296 416 comptes ont été sanctionnés sur League of Legends et Valorant depuis le lancement d’Anti-Boost en 2025.

Riot classe le boost, le smurf et l’auto-stop de rang comme de la triche, au même titre qu’un logiciel de triche.

Les prochaines étapes annoncées touchent au matériel du joueur, avec TPM 2.0 et une vérification Vanguard Pre-Check.


Riot Games chiffre deux ans de traque à 296 416 comptes

Le bilan vient de Phillip Koskinas, responsable de l’intégrité compétitive chez Riot Games, dans un article publié le 17 septembre. Connu sous le pseudo mirageofpenguins, il pilote le portefeuille qui contient Vanguard, l’anti-triche maison, et son chiffre couvre les deux jeux depuis la mise en service du dispositif.

L’écart entre les deux jeux s’explique par le calendrier : Anti-Boost est arrivé d’abord sur League of Legends en septembre 2025, puis sur Valorant pendant l’été 2026. Depuis, les sanctions tombent en continu, par vagues successives plutôt qu’en une seule opération.

Et au-delà du nombre de comptes, le studio a donné le volume de progression annulée. Sur League of Legends, plus de 105 millions de points de ligue ont été retirés, et sur Valorant, plus de 33 millions de points de rang classé ont subi le même sort. Autrement dit, le rang acheté est repris en plus d’être puni.


Le booster, le boosté et l’auto-stoppeur écopent séparément

Là où le texte de Riot Games devient vraiment intéressant, c’est quand il répartit les rôles, parce que ça règle la question de savoir qui paie quoi. Dans une même partie truquée, le studio en distingue trois. Le booster, c’est le joueur très bien classé qui se connecte sur le compte de quelqu’un d’autre. Le boosté, c’est le propriétaire du compte qui achète cette montée. Et l’auto-stoppeur, ou hitchhiker, c’est le joueur de faible niveau qui joue aux côtés du booster et profite du trajet.

Côté sanctions, le boosté perd les points et les récompenses obtenus de cette façon, et s’expose à des suspensions de plus en plus longues, de trois jours jusqu’à des durées que le studio veut volontairement absurdes. Les comptes de smurf achetés sont bannis définitivement par Vanguard, sans passer par la case suspension. Quant au booster récidiviste, les sanctions remontent jusqu’à son compte principal, ce qui change complètement le calcul économique du service qu’il vend.

Reste l’auto-stoppeur, et c’est le cas qui va faire discuter. Riot Games précise que le rang non mérité est retiré même s’il a été obtenu sans le vouloir, par exemple en jouant simplement avec un ami qui, lui, achetait sa montée. Ne pas avoir voulu tricher ne protège donc pas le classement obtenu.


Le smurf rangé dans la triche, une position qui tranche un vieux débat

Sur le fond, la vraie nouveauté tient dans la phrase qui accompagne le chiffre. Riot Games écrit que le boost, le smurf et l’auto-stop relèvent de la triche, au même degré qu’un logiciel externe. Or dans les deux communautés, le second compte a longtemps été défendu comme un usage normal, pour jouer avec des amis moins bien classés ou pour tester un rôle sans ruiner son classement principal.

Le studio clôt la discussion en la déplaçant : ce qui compte désormais, c’est le classement faussé que le joueur laisse derrière lui, quelle que soit son intention. Un compte dont le rang ne reflète pas le vrai niveau abîme chaque partie qu’il rejoint, pour les neuf autres joueurs présents. Vu comme ça, un second compte assumé et un rang acheté ont le même effet mesurable sur l’équilibre des matchs.

Cela dit, sur un point, la mise en œuvre reste discutable. Un joueur qui crée un compte secondaire sans jamais rien acheter se retrouve dans la même case qu’un client d’un service payant, alors que sa démarche et son effet sur les parties n’ont pas la même ampleur. Riot Games assume ce raccourci.


Ce que Vanguard détecte aujourd’hui, et ce qui arrive ensuite

Techniquement, Anti-Boost repère une progression de rang qui ne colle pas au comportement habituel du compte, autrement dit une montée siphonnée sur un meilleur joueur plutôt que gagnée. La détection repose sur des signatures statistiques, sans analyse de la mémoire de la machine, et donc sans chercher un logiciel installé.

Pour la suite, Riot Games annonce trois pistes, toutes tournées vers la vérification de la vraie personne derrière un compte. L’authentification multifacteur serait exigée plus largement, le module de sécurité matériel TPM 2.0 servirait à rattacher un compte à une machine, et un mécanisme appelé Vanguard Pre-Check ajouterait une attestation matérielle avant l’entrée en partie.

Ces trois mesures posent la même question que les précédentes extensions de Vanguard : jusqu’où un éditeur peut-il légitimement aller dans la machine d’un joueur pour garantir l’équité d’un match classé ? Le studio déplace la lutte vers le matériel. Aucune date n’est communiquée pour l’instant.


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